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LES MAISONS ANCESTRALES DU BIC 145, rue Saint-Jean-Baptiste
On m'appelait "La maison Blais" et j'ai envie de vous présenter mon histoire.
Il était une fois au Bic, un village surnommé "La petite suisse du Québec", un homme appelé Adélard Blais. C'est grâce à lui que je suis née, en 1913, toute simple sans soubassement comme cela se faisait à cette époque.
Adélard possédait un moulin à scie au cinquième rang du village. Il fabriquait du bois marchand et du bardeau.
Cet homme ingénieux, sans se limiter au moulin, décida de fabriquer des bateaux à voile. Durant l'été, il préparait de grands morceaux de bois de soixante pieds de long par deux à trois pieds de large. Il chargeait tout son butin sur un traîneau double à l'avant et sur un simple à l'arrière. L'automne venu, il le tirait jusqu'au quai du village avec ses deux chevaux. Le printemps suivant, il commençait de magnifiques voiliers, dont le célèbre "Givancé". Ce bateau de 110 pieds de long, en merisier, fut fabriqué pour M. Gérard Côté.
Quand le temps fut venu pour lui de se retirer des affaires, il vendit son moulin à la compagnie "Price Brothers". Moi du même coup, je fus cédée à M. Charles Lavois; nous sommes en 1915.
À cette époque, près de moi poussaient de petits poteaux tout le long du chemin. À partir de ce moment ce n'était jamais tout à fait la nuit au village. C'était aussi l'époque de la première guerre mondiale et de la grippe espagnole.
Ancien cultivateur, Charles se découvrit des talents de boucher.
Il achetait des bêtes qu'il faisait jeûner pendant 36 heures pour libérer les intestins. Ensuite il les tuait et vendait leur viande à ses clients réguliers.
Charles installa aussi une glacière à même sa boucherie. Il coupait, durant l'hiver, de la glace sur un lac qu'il entreposait sur du bran de scie dans sa boutique. C'est là que les gens du village venaient s'approvisionner pour leur glacière personnelle.
Tout ceci se passait dans le bâtiment tout près de moi dont il reste encore quelques vestiges.
Maître chantre pour oublier un peu la routine, il introduisait tous les chants durant la messe.
Pendant ce temps, moi, je regardais sa femme, Mathilda, élever leurs quinze enfants. J'entrais aussi dans le monde des affaires puisque, sur mon premier étage, j'abritais un salon de barbier. Ce dernier était opéré par M. Oscar, le garçon de Charles.
Quand Charles dut me quitter il vendit à son onzième enfant, Maurice. J'avais, alors, seulement 25 ans. Il fit rouler, de main de maître, toutes les affaires de son père.
Dix ans plus tard, Maurice rencontra Mademoiselle Marie-Jeanne Pelletier. N'étant pas indifférent à ses charmes, il décida de faire d'elle l'élue de son coeur.
Elle était coiffeuse de profession et aménagea un salon de coiffure, ici, au rez-de-chaussée. Ils pouvaient, de cette façon, travailler l'un près de l'autre. Leur beau roman d'amour dura ainsi jusqu'au 29 mars 1951; jour du décès de Maurice. Il fut frappé par le train qui passe juste devant moi depuis 85 ans.
Arrive alors un nouveau personnage dans mon histoire, c'est M. Gérard Blais. Il reprit la boucherie et devint un nouveau pensionnaire pour moi. Il se rendit d'ailleurs célèbre grâce à sa saucisse.
Marie-Jeanne et Gérard se courtiseront durant cinq ans avant que je fasse la noce pour eux; en 1956. Gérard fit beaucoup pour moi. Il me replaça sur des bases plus solides et m'annexa de jolies rallonges.
Il y a beaucoup de va-et-vient au village maintenant. Les gens se rendent à la caisse, à la banque, au magasin général, chez le médecin, à la coopérative, à la gare, chez le cordonnier, le boucher et j'en passe. Le bureau de poste devient mon nouveau voisin à cette même période.
Gérard continue jusqu'en 1970 de faire rouler les affaires de la boucherie. C'est dû à une grave maladie qu'il quitta pour se rendre dans un foyer.
Marie-Jeanne s'affaire, dans son salon de coiffure jusqu'à sa mort en 1989. Elle laissa dans le deuil leurs deux grands garçons Robin et Michel.
C'est Robin qui dût s'occuper de moi. Malheureusement il n'avait pas vraiment besoin de moi et dût me vendre l'année suivante.

Je sortis enfin de ma solitude grâce à la Maison des Jeunes du Bic qui me racheta. Depuis, je prends un air de jeunesse et j'espère encore vivre bien longtemps pour vous raconter la suite de mes aventures.
Merci à la Maison des Jeunes du Bic pour le texte.
Recherche et texte: Julie Marchand et Michèle Lavoie. Photo historique: Dominique Potvin.
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